Allocution de Madame le Maire
en l'église Saint Mathurin de Haute-Epine
le dimanche 15 octobre 2017
Nous sommes réunis aujourd’hui pour fêter la fin des travaux de restauration de notre belle église Saint Mathurin où, entre autres, a été célébrée par une messe d’action de grâces le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération, ancêtre de notre fête nationale.
Rappelons brièvement son histoire :
Des liens étroits ont unis pendant des siècles l'abbaye cistercienne de Beaupré – fondée en 1134 ou 1135 sur la commune d'Achy, aujourd'hui presque entièrement disparue –, le village de Haute-Épine et la forêt de Malmifait qui les relie.
C'est le prieur de Beaupré qui nommait à la cure d'Haute-Épine et c'est à sa demande que fut érigée en 1364 l'église dont il conserva le patronage.
Des souterrains reliaient l'église jusqu'à l'abbaye de Beaupré.
L'église originelle a été considérablement agrandie aux alentours de 1620 avec l'édification d'une deuxième nef un peu plus basse, d'un vaste clocher et d'un porche.
La ferme fortifiée de Woimaison (à l'extrémité du village, aujourd'hui en ruine) appartenait aussi à l'abbaye et servit de refuge au prieur de Beaupré lorsque des inondations catastrophiques du Thérain l'obligèrent à quitter temporairement l'abbaye en 1671.
L'église est construite en briques et couverte en ardoises.
L'édifice est oblong, le chœur voûté et orné de pendentifs, la nef lambrissée.
Le porche, soutenu par des colonnes surmontées de chapiteaux de réemploi, est remarquable : on peut y reconnaître les armes du roi François Ier (fleur de lys, initiale « F », salamandre). Ils pourraient provenir de l'abbaye de Beaupré, rasée par Édouard III pendant la guerre de cent ans (1346), de même que la porte extérieure en bois qui n'a visiblement pas été conçue pour cette église. Les nombreuses coquilles qui figurent également sur les chapiteaux semblent signifier que l'église était une halte connue des pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle.
L’église a comme patron Mathurin, un patronyme plutôt rare dont on ignore l’origine. Ce saint, invoqué le plus souvent pour la guérison des fous et des possédés, était très populaire au Moyen Âge.
Commencés en 2016 les travaux de restauration entrepris ont nécessité un budget important qui n’a pu être mobilisé que grâce aux subventions que nous avons pu obtenir.
Cette église est vaste mais humide car un peu enterrée par l'exhaussement successif du sol voisin. Les travaux de restauration de l'intérieur ont permis d'y remédier en mettant en place un drainage le long du mur nord et des grilles d’aération le long des boiseries.
La réfection des badigeons à base de chaux qui vient d'être réalisée a permis de restituer la polychromie originelle de l'église en ocre rouge et ocre jaune. Le plus ancien décor peint conservé consiste en de faux joints de coloration ocre rouge (XVIIe siècle), dont quelques fragments ont été conservés.
La restauration a également remis en lumière les clefs de voûte pendantes placées dans le chœur, jusqu’alors dissimulées sous la chaux blanche. On distingue en particulier un saint Pierre et un Saint Bernard – dont les noms sont encore visibles – rappelant le lien entre l'église de Haute-Épine et l'abbaye de Beaupré. Pierre en tant que premier abbé de l’abbaye et Bernard en tant que fondateur de l’ordre cistercien.
On y voit aussi un blason (vraisemblablement les armes d’un prieur ?), un ange dont les ailes sont manquantes et un visage masculin barbu, orienté vers les fidèles, particulièrement expressif. Ces sculptures sont couronnées de frises alliant décor végétal, angelots et personnages en partie dénudés.
Les verrières latérales de la nef, dont les vitraux avaient été détruits par un bombardement durant la deuxième guerre mondiale, ont été pourvues de nouveaux vitraux inspirés des vitraux indemnes du chœur, les plus anciens, mais dont la datation n’est pas établie avec certitude à ce jour. Cette création contemporaine envisage de façon originale une graduation des carreaux du chœur vers la nef avec une reprise de la même gamme chromatique que les vitraux originaux.
Pour terminer je voudrais remercier toutes celles et tous ceux qui ont participé à cette restauration :
- Monsieur Vincent Brunelle, Architecte en chef MH, Maître d’œuvre,
- Les entreprises Charpentier PM, Charpentes du Pays de Bray, Vitrail France.
- Gilles Gaultier, spécialiste en restauration et conservation de peintures murales qui a fait des sondages en recherche de décors peints anciens,
- Nathalie Hervaux, peintre en décors, spécialiste en restauration, qui a fait un travail remarquable et a magnifiquement remis en valeur les sculptures des clefs de voûte du chœur que nous pouvons maintenant admirer du sol.
- Les adjoints et conseillers municipaux, en particulier François Godivier dont nous avons mis à profit l’expertise en matière de restauration d’église et Joseph Schenck qui a assuré le suivi quotidien des travaux, sans oublier bien sûr tous les bénévoles qui ont œuvré sans compter leur temps pour apporter leur pierre à l’édifice commun.
Je remercie le Conseil départemental qui a participé au financement des travaux à hauteur de 50 %. Sans leur aide tout cela n’aurait pas été possible.
Je finirai en remerciant chaleureusement, au nom de nous tous, le Père Daniel Guette qui nous a fait la joie de venir célébrer cette messe, Jean-Pierre Daburon qui l’a animée, Anne-Claire Huet qui a joué de l’harmonium, et Catherine Roose.
Aleth Béliard